Techniques du corps. Gestes et savoirs, 16e-19e siècles
La façon dont nous nous mouvons dans le monde, les tenues et les mouvements qui nous semblent convenables, possibles
et beaux, ou, à l’inverse ceux que nous définissons comme laids, grotesques ou inefficaces, sont autant de traits
contingents marqués par l’histoire et les cultures. Ces mouvements structurent pourtant notre perception du monde,
comme le soulignait déjà Maurice Merleau-Ponty dans la Phénoménologie de la perception en 1945, ce que semblent confirmer
les recherches récentes dans le domaine des neurosciences.
En dépit de l'importance que ces « techniques du corps » revêtent pour notre compréhension du monde et de nous-mêmes, elles
ne semblent avoir suscité que peu d’intérêt chez les historiens. La majorité des recherches portent, en effet, sur les aspects
symbolique et rituels de ces gestes, tels qu’ils s’expriment dans le cadre des institutions (Église, cour, etc.) ; ou encore sur
l’origine du sport moderne, c’est-à-dire une pratique orientée vers la compétition, régie par des règles écrites et
institutionnalisées. Elle approchent la question à partir d’une hypothèse générale de « disciplinarisation » des corps (
sexualité, hygiène, manières).
Nous savons finalement peu de choses sur des mouvements moins ritualisés ou formalisés, tels que les techniques de
travail, les gestes quotidiens ou mouvements que constituent la marche, la nage, le fait de monter à cheval. Cette relative
absence semble moins tenir au manque de sources historiques qu'aux dimensions peu spectaculaires, automatisées et finalement
inconscientes de ces gestes et activités. Ainsi, le programme de recherche que proposait Marcel Mauss exprimait dans son discours
sur « Les techniques du corps » en 1934 est-il largement à défricher.
L'objectif de cette journée d'étude sera donc de s'intéresser à des pratiques concrètes pour étudier le sens de gestes
spécifiques et leur capacité à structurer la réalité. Nous espérons ainsi attirer l’attention sur le détail, détail souvent
négligé par des recherches qui se concentrent sur les grandes évolutions culturelles ou sur les institutions. En étudiant plus
particulièrement la période moderne et le début de l’époque contemporaine, nous espérons mettre à jour similitudes et différences
dans ces arts de faire et les savoirs auxquels ils ont donné naissance.
